Le portefeuille des fumeurs français subit une nouvelle ponction dès le 1er février 2026 avec une nouvelle taxation sur le tabac. Après la vague d’augmentations de janvier, les Douanes françaises annoncent une révision tarifaire qui touche l’ensemble des produits du tabac. Cette évolution s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de lutte contre le tabagisme, avec un objectif clair : faire passer tous les paquets à un minimum de 13 euros d’ici 2027.

Des augmentations ciblées sur certaines marques

Les hausses les plus significatives concernent British American Tobacco, avec des augmentations allant de 20 à 40 centimes. Les paquets de Dunhill Argent, Dunhill Bleu et Craven A Rouge progressent de 20 à 30 centimes. Les cigarettes News&Co et Gauloises enregistrent une augmentation plus marquée de 40 centimes.

Lucky Strike et Vogue connaissent également des ajustements tarifaires, tandis que Philip Morris maintient ses prix stables. Le fabricant Japan Tobacco International avait déjà porté plusieurs références à 13 euros en janvier, avec des hausses atteignant 50 centimes sur certains produits premium.

Quelques baisses inattendues

Dans un marché marqué par la hausse constante, quelques références Winston affichent une baisse de 20 centimes, passant de 11,70 euros à 11,50 euros. Ces ajustements à la baisse restent exceptionnels et concernent principalement des formats spécifiques peu diffusés sur le marché français. Cette stratégie commerciale vise à maintenir la compétitivité de certaines gammes face à une concurrence de plus en plus serrée.

Le cap symbolique des 13 euros franchi

Le prix moyen du paquet de cigarettes atteint désormais 12,39 euros, selon l’association DNF. Plusieurs marques dépassent largement ce seuil. Pour un fumeur consommant un paquet quotidien, la facture annuelle s’établit autour de 4 750 euros, soit une dépense mensuelle de près de 400 euros uniquement dédiée au tabac.

Les références les moins chères oscillent entre 10,50 et 11,50 euros, mais leur nombre diminue progressivement. Les marques premium, comme American Spirit ou certains paquets de Marlboro, atteignent ou dépassent les 13,50 euros. Cette flambée des prix transforme la cigarette en produit de luxe, inaccessible pour de nombreux budgets modestes.

Le tabac à rouler aussi concerné

Les fumeurs de tabac à rouler ne sont pas épargnés. Les blagues et pots de 30 grammes connaissent des hausses comprises entre 10 et 40 centimes selon les fabricants. Camel, American Spirit et d’autres marques ajustent leurs tarifs, avec des pochettes qui peuvent désormais dépasser les 18 euros pour 30 grammes.

Cette augmentation touche également le tabac à tuber, devenu l’alternative privilégiée de nombreux fumeurs cherchant à réduire leur budget. Malgré ce réflexe économique, les prix grimpent inexorablement, réduisant l’écart avec les cigarettes manufacturées.

Une politique de santé publique qui porte ses fruits

Ces augmentations successives s’inscrivent dans une stratégie de long terme. Depuis 2014, le nombre de fumeurs quotidiens a diminué de 4 millions en France. En 2024, seulement 17,4% des Français déclarent être fumeurs quotidiens, soit le taux le plus bas jamais enregistré.

Entre 2014 et 2024, la proportion de fumeurs quotidiens chez les 18-75 ans est passée de 28,6% à 18,2%. Les livraisons de tabac aux buralistes ont reculé de 24% entre 2021 et 2024, confirmant une tendance structurelle à la baisse de la consommation.

Cette diminution massive dépasse les objectifs initiaux du Programme national de lutte contre le tabac, qui visait 20% de fumeurs quotidiens d’ici 2027. Le seuil a été franchi avec trois ans d’avance, démontrant l’efficacité du levier fiscal combiné aux campagnes de prévention comme le Mois sans tabac.

Des inégalités sociales persistantes

Malgré ces résultats encourageants, le tabagisme reste deux fois plus fréquent chez les ouvriers que chez les cadres, avec respectivement 25% et 12%. Les personnes en difficulté financière présentent un taux de tabagisme quotidien trois fois supérieur à celles vivant confortablement.

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Les disparités géographiques demeurent marquées. Les régions Grand-Est, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur affichent des prévalences supérieures à la moyenne nationale. Le tabagisme constitue désormais un marqueur d’inégalités sociales et territoriales, cristallisant les fractures françaises.

Perspectives pour les mois à venir

L’arrêté du 5 janvier 2025 fixe les nouveaux tarifs applicables en France métropolitaine, hors départements d’outre-mer. D’autres ajustements interviendront probablement au cours de l’année 2026, les fabricants adaptant régulièrement leurs grilles tarifaires face à la concurrence et à l’évolution des taxes.

La trajectoire semble claire : le paquet pourrait atteindre 15 euros d’ici 2030. Cette indexation progressive sur l’inflation et les hausses de taxes programmées visent à poursuivre la baisse de la consommation, tout en générant des recettes fiscales substantielles pour l’État. Les fumeurs devront composer avec cette réalité économique, choisir entre arrêter ou continuer à supporter un budget tabac toujours plus lourd.

Face à cette inflation inéluctable, les alternatives comme la cigarette électronique gagnent du terrain. Les économies potentielles attirent de nombreux fumeurs vers le vapotage, considéré comme 95% moins nocif selon plusieurs études de santé publique. Cette transition reste néanmoins complexe, certains fumeurs préférant les achats transfrontaliers en Espagne ou au Luxembourg, où les tarifs demeurent deux fois inférieurs aux prix français.