Le 1er janvier 2026 marque le début d’une période déterminante pour Chypre et l’Union européenne. La petite île méditerranéenne assume sa deuxième présidence tournante du Conseil de l’UE, succédant au Danemark après avoir déjà occupé cette fonction en 2012. Cette responsabilité arrive dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que l’Europe fait face à de sérieux défis géostratégiques.
Une Union autonome et ouverte sur le monde
La présidence chypriote se structure autour de cinq piliers interconnectés qui reflètent les priorités européennes actuelles. Le président Nicos Christodoulides présente une vision claire : bâtir une union autonome tout en maintenant son ouverture sur le monde. Cette ambition se décline en axes stratégiques comprenant la sécurité et la défense, la compétitivité économique, les relations internationales, les valeurs sociales et le cadre budgétaire pluriannuel.
L’autonomie stratégique européenne constitue le fil conducteur de cette présidence. Le gouvernement chypriote entend faire avancer les négociations sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034 et renforcer la capacité d’action de l’UE face aux bouleversements géopolitiques. La simplification administrative figure également parmi les priorités, avec des efforts visant à favoriser un environnement plus propice aux affaires sans pour autant sacrifier l’efficacité réglementaire.
Un petit pays aux grandes responsabilités
Avec une superficie de 9 251 km² et une population d’environ 933 000 habitants selon Eurostat, Chypre représente l’un des plus petits États membres de l’Union. Pourtant, cette île stratégiquement positionnée à la croisée de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord joue un rôle disproportionné par rapport à sa taille. Son économie repose largement sur les services qui emploient environ 75% de la population, avec un secteur touristique robuste accueillant près de six fois plus de visiteurs que d’habitants chaque année.
Durant ces six mois, Chypre accueillera plus de 260 réunions dans toutes les provinces, présidera plus de 1 500 réunions à Bruxelles et négociera plus de 330 dossiers législatifs. Cette mobilisation massive témoigne de la détermination du gouvernement Christodoulides à marquer cette présidence d’une empreinte durable.
Une présidence sous le signe de la coopération internationale
La dimension diplomatique occupe une place centrale dans le programme chypriote. Le pays entend renforcer les relations de l’UE avec les pays voisins du Sud et de l’Est, approfondir la coopération avec le Conseil de coopération du Golfe et la Ligue des États arabes, et consolider les partenariats avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Cette approche s’inscrit dans le concept de corridors économiques comme l’IMEC, visant à diversifier les routes commerciales européennes.
La lutte contre la pauvreté, le logement abordable et la protection en ligne des enfants figurent parmi les priorités sociales. Le président chypriote souligne l’importance de renforcer l’État de droit tout en promouvant l’égalité des genres et en développant des politiques adaptées à la jeunesse et à la santé mentale.
Le défi de la division insulaire
Chypre assume cette présidence alors que l’île reste divisée depuis 1974. La partie nord, occupée par la Turquie et reconnue uniquement par Ankara, constitue un rappel permanent des tensions géopolitiques régionales. Pourtant, les récentes élections présidentielles de 2025 dans la zone nord ont vu l’élection de Tufan Erhürman avec plus de 62% des voix, illustrant une nouvelle dynamique favorable à la réunification.
Un symbole d’unité et d’ambition
Le logo de la présidence chypriote s’inspire de la broderie traditionnelle de Lefkara, technique artisanale reposant sur l’entrelacement de fils formant des motifs harmonieux. Le design évoque le soleil rayonnant de Chypre, symbole de vie, d’énergie et d’espoir pour un avenir européen commun. Les nuances d’orange rappellent le cuivre du drapeau chypriote, tandis que le bleu profond représente l’identité européenne de l’île.
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Cette présidence intervient à un moment charnière où l’Europe doit redéfinir son rôle sur la scène mondiale. Chypre, malgré sa taille modeste et ses propres défis internes, aspire à démontrer qu’un petit État peut jouer un rôle de médiateur honnête et efficace. Le succès de cette présidence se mesurera à sa capacité à transformer les ambitions en résultats concrets, consolidant ainsi la position de l’Union face aux défis du XXIe siècle.
